LA GRANGE DE MONTMEILLERAT

Des Moines de TAMIE au XIIe siècle
à la famille RACT au XIXe siècle

 

Non loin du hameau du Pichat, sur un mamelon, s’élève un groupe de maisons comprenant une villa blanche achetée en 1898 par la famille RAFFIN et en partie reconstruite en 1904, en avancée sur des bâtiments agricoles ouverts sur une cour rectangulaire, où l’on voit encore une porte à accolade du XVIe siècle. Ce sont les vestiges de l’ancienne grange de Montmeillerat, importante grangerie de l’abbaye de Tamiè, à qui elle appartint jusqu’à la révolution. Voici son histoire :

L’Abbaye de TAMIE est fondée le 16 février 1132. Le Comte de Grenoble, comme le Comte de Savoie et de Genève coopérèrent à sa fondation.
Au début du XIIe siècle, les fondateurs pensent qu’établir là un foyer monastique, c’est prendre le chemin le plus direct qui mène à la civilisation. Les conditions spéciales du lieu font aussi supposer qu’ils veulent assister les voyageurs, favoriser le commerce et encourager l’agriculture et le défrichement des forets. Après le lieu de l’installation du monastère et ses abords immédiats, il fallait, à proximité, des granges productives et d’autre assez disséminées pour occuper les  moines converts.
Ces granges seront non seulement des sources de revenus nécessaires, mais des asiles et des zones sacrées placées souvent aux frontières des Comtés, près des lieux contestés.
C’est ainsi que le Comte AMEDEE III (1103-1148), céda en 1136, à l’Abbaye de Tamié les biens et les domaines de MONTMEILLERAT à Sainte Hélène du Lac en face du rocher de Montmélian, qui ne deviendra qu’ensuite sa capitale fortifiée du Comté de Savoie.
L'Abbaye fit encore en 1163 l'acquisition d'autres biens au même lieu. En 1182, La grange de Montmeillerat s'agrandit d'une terre située sous « Le Grand Clos » de Montmeillerat et cédée par Amédée de Sainte Hélène. Une grande quantité de cette superficie est boisée et restée inculte.
L'intention d'Amédée III était de faire de Montmeillerat une défense solide et inextricable en même temps qu'un lieu sacré méritant l'inviolabilité en temps de guerre. Il fallait y voir une raison militaire : Près de la capitale de la Savoie, la frontière était trop proche avec le Dauphiné. La « ville » des Mollettes n'était pas construite et encore moins « La Chatelle » bâtie seulement en 1133. De ce fait, cette propriété de 374 journaux (environ 95 hectares) était un lieu presque inviolable en temps de guerre avec, côté nord, une falaise de mollasse escarpée qui rend le lieu inabordable de ce côté là. les  bois  qui l'entouraient étaient protégés eux-mêmes par les divagations de l'Isère, avec ses Iles et ses Glières .
La raison militaire qui décida les Comtes de Savoie à maintenir cette large étendue boisée sous les pentes de Montmeillerat resta comprise jusqu'en 1619.

L'histoire de la grange de Montmeillerat confiée à des régisseurs dits « fermiers » aurait son intêret local. Ce serait surtout l'histoire de la  vieille famille Pognient, qui, après avoir été régisseurs du Prieuré de Ste Hélène du Lac préférèrent devenir fermiers de Montmeillerat.
En ce domaine, les moines convers vivaient en autarcie : jardinage, élevage, vignes, culture. Les vêtements étaient tissés en chanvre, les bures et les couvertures confectionnées avec la laine des moutons.
Ils recevaient aussi des pèlerins en route pour Rome, qui leur apportaient des nouvelles des autres Abbayes.
Ces moines qui exploitaient la Grangerie participèrent à l'équipement hydraulique de la cité de Montmélian, nouvelle capitale savoyarde. Aidés d'artisans et de manoeuvres du pays, ils créèrent la canalisation qui mouvait les scieries et les moulins d'Arbin.
En 1729, Montmeillerat avait la haute propriété sur la source des Fontaniaux à Arbin et sur la Serve sous le rocher de Montmélian.
Au XIIIe siècle, un descendant d'AMEDEE III, THOMAS Ier, qui prit part à la croisade contre les Albigeois, aurait rapporté des reliques de Saint Saturnin à la chapelle des Granges de Montmeillerat. Aussi les paroissiens de Ste Hélène du Lac ont longtemps vénéré St Saturnin en participant à une procession annuelle.
Les religieux de la Trappe de Tamié restèrent propriétaires de ce domaine jusqu'à la Révolution.
Au XIXe siècle, La Convention Nationale vendit une bonne partie de la propriété à Monsieur Desarnaud, avocat à Chambèry, c'est ainsi qu'en épousant Melle Desarnaud, Monsieur Ract Georges, né en 1846 à Albertville, devint propriétaire de Montmeillerat.

(Source « L’Abbaye de Tamié et ses granges » Abbé Félix Bernard)


LA FAMILLE RACT DE MONTMEILLERAT


Henri RACT, Fils de Georges RACT, homme très fortuné, inscrit au parti libéral, fut député du Canton de St Pierre d'Albigny et du Châtelard au parlement Sarde sous la direction de Cavour.

Doté de beaucoup d'ambitions et d'une grande imagination, il s'investit à Montmeillerat dans l'agriculture et surtout dans l'industrie. Il fit défricher ses terres et cultiva des betteraves pour nourrir son cheptel.
A côté de son élevage de bétail, il établit une porcherie, remarquable par sa disposition et assez spacieuse pour contenir jusqu'à 300 porcs blancs de race anglaise.
Il créa aussi une distillerie d'alcool de grains qu'il fit venir de Belgique et le résidu des farines servait à l'alimentation des porcs. Cette distillerie, qui a fait longtemps vivre une partie des gens de la commune de Sainte Hélène du Lac, fut détruite par un incendie vers 1930.
Comme il y avait pénurie d'eau, il fit creuser un étang et construire de vastes citernes qui recevaient les eaux pluviales des toitures.
Pour utiliser les alcools invendus, il fit établir une fabrique de vinaigre. Il fit planter des mûriers et créa une magnanerie très prospère. Mais son élevage de vers à soie périclita avec l'arrivée d'une épidémie.
Malheureusement ses entreprises superbes en théorie n'ont pas contribué à faire fructifier sa fortune. Le transport des matières premières et des produits n'étant pas facile avant l'établissement du chemin de fer de Grenoble à Montmélian, et sa santé précaire ne lui permettant pas de diriger et de surveiller convenablement ses ouvriers. Tout cela fut cause de la ruine de sa fortune.
Henri RACT avait épousé Virginie Domenget, femme très dévouée qui oeuvra beaucoup pour la paroisse de Ste Hélène du Lac. Elle était la fille du Docteur Domenget, inventeur des eaux de Challes les Eaux.
De cette union sont nés trois enfants : Lucien, qui succéda à son père, Léon  ingénieur des chemins de fer en Algérie, Suzanne qui fut religieuse.
Henri RACT est décédé en Avril 1883.

(Archives privées)